5 avril 2022
Initiatives et réalisations maskoutaines
Au bout de la rue,une grande dame y vivait
Par: Le Clairon de Saint-Hyacinthe et région

Le réalisateur maskoutain Régent Bourque a dévoilé le documentaire Au bout de la rue, dans lequel il met la lumière sur un personnage mythique, quoique méconnu, de Saint-Hyacinthe, la professeure de piano Madeleine Arel, qui avait dû déménager avec son imposant instrument dans la foulée des évictions de l’avenue Saint-François. Photo François Larivière | Le Courrier ©

La scène avait marqué les esprits. Le déménagement du piano de Madeleine Arel, une professeure de piano reconnue à Saint-Hyacinthe, était devenu un véritable symbole dans la foulée des évictions de l’avenue Saint-François, au centre-ville, en 2020.

Le réalisateur maskoutain Régent Bourque s’est intéressé à l’histoire de cette grande dame dans le cadre du documentaire Au bout de la rue, dont le lancement s’est tenu récemment au Centre culturel Humania Assurance.

À voir le nombre de personnes présentes pour la première du documentaire, venues par dizaines, on comprend rapidement à quel point Madeleine Arel a été un personnage important de Saint-Hyacinthe malgré sa nature discrète.

Au total, elle a enseigné le piano à plus de 1500 élèves dans sa carrière, parfois même à trois ou quatre générations d’une même famille, apprend-on dans le documentaire. Jusqu’à son dernier souffle, le 1er novembre 2021 à l’âge de 100 ans et 10 mois, la Maskoutaine continuait de partager sa passion pour la musique. Elle était la doyenne des professeurs de piano au Québec.

La musique, c’était une affaire de famille puisque son frère, Gaston Arel, a été l’un des plus grands organistes que le Québec a connu.

Les deux dernières années de la vie de Madeleine Arel ont toutefois été bouleversées après qu’elle s’est vue obligée de déménager, comme d’autres résidents de l’avenue Saint-François, alors qu’on préparait le terrain à un complexe de résidence pour retraités plus fortunés dans ce quadrilatère. Pour elle, cela signifiait de quitter l’endroit où elle vivait et où elle avait fait résonner sa musique pendant plus de 50 ans.

« J’étais déçue. Je ne voulais pas partir », l’entend-on dire à un moment dans le documentaire. Après son éviction de l’avenue Saint-François, Mme Arel avait été relocalisée dans un immeuble à logements fraîchement construit face au Marché public de Saint-Hyacinthe, sur la rue des Cascades. Malgré ses appréhensions, on la voit qui réussit à s’adapter à son nouvel environnement. Elle aura même continué d’y enseigner le piano.

L’enjeu du logement au centre-ville de Saint-Hyacinthe figure d’ailleurs en filigrane d’Au bout de la rue. Le projet porté par Régent Bourque a justement surgi dans la foulée de ces évictions. Pour lui, il était important de montrer cette réalité, tout en partageant l’histoire de Madeleine Arel.

Le réalisateur, qui cumule plus de 30 années de métier en télévision et qui a notamment travaillé sur des émissions comme Annie et ses hommes et L’auberge du chien noir, a ainsi pu suivre la sympathique dame pendant plus d’un an et demi. Son souhait avec ce projet plus intimiste était de « mettre en vedette des non-vedettes », des personnes dont on ne soupçonne pas l’histoire, mais dont la vie est fascinante.

« Il a fallu qu’elle m’accepte bien sûr. [Mme Arel] n’acceptait pas qui le voulait bien. Il a fallu que j’aille la rencontrer plusieurs fois [avant d’amener les caméras], comme si je passais une audition », a raconté M. Bourque, sourire en coin, en présentant le documentaire. Le chanteur maskoutain Yvan Pion, qui côtoyait régulièrement Mme Arel, a créé cette rencontre et il signe même la trame sonore de ce projet.

C’est d’ailleurs une dame fort bien entourée qui est dépeinte dans Au bout de la rue. Encore très fonctionnelle pour son âge vénérable, elle vivait seule. De nombreux proches aidants venaient la visiter et accompagner ses journées, en plus des élèves de piano qu’elle continuait d’accueillir chez elle.

Dans un hasard des plus tristes, Madeleine Arel est décédée deux jours à peine après que Régent Bourque a obtenu la version finale du documentaire. Elle ne l’aura donc jamais visionné. « Elle n’aurait pas aimé ça aujourd’hui [de voir autant de monde regarder un documentaire sur elle] », a témoigné le réalisateur en évoquant la discrétion et l’humilité qui se dégageaient de cette femme.

Maintenant que le documentaire Au bout de la rue a été officiellement lancé, Régent Bourque travaille avec les Productions Crystal pour qu’il puisse rejoindre le public en étant vu de différentes façons. Toutefois, les détails entourant sa diffusion ne sont pas encore attachés pour l’instant.

 

Maxime Prévost-Durand

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