1 mars 2022
Stanley Février expose à Expression
Par: Le Clairon de Saint-Hyacinthe et région

Artiste socialement engagé, Stanley Février pige dans son corpus et dévoile de nouvelles œuvres pour l’exposition Être humain, est-ce un mal(e) absolu? présentée à Expression.Photothèque | Le Courrier ©

« Il y a un noir au musée », est-il écrit avec des néons à l’entrée d’Expression, centre d’exposition, où est présentée l’exposition Être humain, est-ce un mal(e) absolu? de l’artiste pluridisciplinaire Stanley Février.

De l’autre côté du mur, des chemises blanches sont accrochées. Elles portent une étiquette sur laquelle sont inscrits un nom et le corps d’un service de police. Chacune d’elles évoque une victime de race noire tuée par la police au Québec. Le ton est donné.

Les injustices sociales et raciales et la souffrance humaine sont au cœur de l’art de Stanley Février, très engagé dans son propos. Ces thématiques teintent la plupart de ses œuvres, sous différentes formes et différentes approches. « Je ne montre jamais la terreur ou la brutalité brute, mais c’est là quand même », commente d’ailleurs l’artiste lors d’une visite en sa compagnie.

L’humain en tant qu’être est mis de l’avant tout au long de l’exposition. « Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre l’autre. L’impact que chaque geste a sur l’autre », dit celui qui a travaillé dans le milieu communautaire dans une autre vie. Très jeune, Stanley Février raconte avoir « compris que le monde n’est pas normal ». Puis, en 2015, alors qu’il entamait sa maîtrise en arts visuels et médiatiques, un autre constat l’a frappé : il était le seul Noir de sa cohorte. Un questionnement presque existentiel en est ressorti et une quête de réponses s’en est suivi. « À partir de ce moment, je me suis mis à voir quel impact la couleur de ma peau avait sur ma pratique, ma carrière et mes œuvres », soutient l’artiste originaire d’Haïti, établi au Québec depuis longtemps.

Ses expériences personnelles ont d’abord nourri sa pulsion créatrice. On le voit d’ailleurs en scène dans plusieurs des photos d’un des volets de l’exposition, même si on ne peut l’identifier par son visage. La coquille d’œuf – qui renferme un élément organique vivant « qu’on bouffe sans qu’on se questionne » – y revient de façon récurrente, comme un symbole, une sorte de rite.

Vient ensuite le regard vers le passé et les expériences des autres. À sa manière, il réactualise le concept des « zoos humains » en faisant le parallèle entre les « expositions ethnographiques » d’une autre époque, où on montrait en spectacle de façon raciste et dégradante les peuples non occidentaux, et la façon dont les gens se mettent en scène aujourd’hui sur les réseaux sociaux avec les égoportraits.

Une des œuvres de cette portion est quasi immersive. Par sa disposition, le visiteur a pratiquement l’impression d’être lui-même en cage. Des miroirs sont apposés au mur avec des mots – durs, mais puissants – qui évoquent la façon dont étaient décrits les peuples non blancs à l’époque. Une réflexion d’image qui en amène une de pensée.

« Je veux que les gens prennent part au zoo que je mets en place », souligne Stanley Février.

Des portions de l’exposition se veulent justement participatives. Il invite tantôt le visiteur à prendre un selfie avec un polaroid pour créer une mosaïque sur un mur, tantôt à écrire une note à l’intention d’une personne avec laquelle un conflit a été vécu dans un espace confessionnal lié à une œuvre. Comme il le fait à travers son travail, l’artiste invite ainsi au dialogue et à la réconciliation.

Stanley Février vient de plus à la rencontre du public puisque certaines plages horaires seront offertes d’ici la fin de l’exposition pour en faire la visite en sa compagnie. Il suffit de contacter Expression au 450 773-4209 pour les détails. L’exposition Être humain, est-ce un mal(e) absolu? est à l’affiche jusqu’au 24 avril.

Maxime Prévost-Durand

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